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Thursday, December 21, 2023

Bon solstice d'hiver à vous tous !

 



Chers amis,
 
Aujourd'hui, le 21 décembre 2023, nous nous trouvons hélas au plus profond de la nuit. Tout autour de nous règnent la haine, les divisions, la guerre, 
la remontée des intolérances et fascismes mais aussi la détresse profonde de notre environnement naturel, celle de notre Mère, la Terre.

La série "Les Maîtres de l'Orage" a été écrite comme une mise en garde contre la répétition du passé pour nous tous et surtout pour ceux qui refusent d'en apprendre les dures leçons. Lorsque les portes de l'Ailleurs se sont refermées à la fin de la série, nous savions que ce n'était pas pour toujours et que la vigilance devrait être continuelle pour les deux gardiens de l'Île Verte mais aussi pour nous tous.

En ce jour de solstice où l'appel de la lumière se laisse deviner au plus sombre de la nuit, je partage avec vous un extrait du troisième tome, La Voix de l'Egrégore : l'Appel. Il raconte ce qui arrive au protagoniste du présent (la série se joue sur deux époques), lorsqu'il assiste à un rituel païen très ancien : « le combat entre le Seigneur du houx, le Seigneur de l’obscurité, et le Seigneur du chêne, le Seigneur de la lumière. Ils sont frères, dans la légende, et se disputent toute l’année. L’un possède l’hiver et l’autre l’été. Au solstice d’hiver, c’est le Seigneur du chêne qui gagne. Au solstice d’été, c’est le contraire. » Cependant, cette fois-ci, le rituel est retourné à l'envers et rien ne va plus…

Ce passage me semble bien correspondre à cette période difficile que nous vivons, mais l'espoir ne doit jamais disparaître en nous car la lumière réussit toujours à vaincre les ténèbres lorsque les cœurs de femmes et d’hommes de bonne volonté se battent pour elle.

Bon solstice à vous tous !

La série des "Maîtres de l'Orage" est disponible en commande chez votre libraire ou sur les librairies en ligne, ainsi que sur Amazon en versions papier et électronique. Bonne lecture !

 

****************

 

"Arnaud avait la sensation d’avoir marché pendant des heures. Son corps entier le faisait souffrir car il avançait dans le noir, les sens en éveil et les muscles raidis. Ses bras étaient tendus devant lui pour éviter les obstacles et ses yeux étaient écarquillés pour tenter de voir le mieux possible. Il tendait aussi l’oreille mais en vain. Pourquoi n’entendait-il rien du tout, non seulement aucun son de voix venu du groupe de Tal, mais, plus inquiétant encore, aucun bruit d’animaux nocturnes ou de vent dans les branches. Juste ses pas sur le lit de feuilles sèches qui couvrait le sol de la forêt.

Quand la lune sortit des nuages, son corps entier se détendit et il s’arrêta. Il remarqua que les arbres autour de lui étaient énormes et se demanda où il avait pu s’égarer, car la forêt qu’il connaissait, replantée après la destruction de l’ancienne forêt à la fin de la guerre, était récente et n’avait pas d’arbres de cette taille. Malgré le froid, il transpirait. Quelque chose ne collait pas.

Au détour d’un bosquet, il se retrouva dans un endroit qui lui parut familier. La lune l’éclairait et quand il le reconnut un frisson d’angoisse le traversa. C’était la clairière du fantôme de Marwen. Il avait dû tourner en rond et malgré tous ses efforts il se retrouvait à l’endroit même d’où il voulait partir. Il regarda autour de lui et remarqua que, bien que ce soit la même clairière, la végétation qui l’entourait n’était pas la même. Au lieu des maigres bosquets qu’il connaissait, des arbres splendides, des chênes majestueux, la bordaient. Ici et là, aussi, de somptueux massifs de houx luisaient dans la pâleur lunaire, l’incarnat des baies comme des gouttes de sang contre le vert foncé des feuilles.

Un de ces massifs en particulier attira son attention car il semblait illuminé de l’intérieur. Malgré sa peur, Arnaud se sentit attiré par la plante irréelle. Quand il l’atteignit, elle ne lui sembla plus si extraordinaire, mais il eut la certitude que le lieu où elle se trouvait, baigné de lumière lunaire, était le lieu où il avait vu le fantôme du chien et de Marwen. Le chien avait creusé cet endroit avec ardeur, et le garçon fut pris lui aussi d’une soudaine envie de creuser. Il s’accroupit et se mit à arracher l’herbe et à gratter la terre encombrée de racines qui était dessous. Il était sûr que sa présence à cet endroit n’était pas un hasard et qu’il devait chercher ce que l’apparition lui avait signalé. À cette idée, sa peur s’évapora, remplacée par une curiosité passionnée. La tâche était difficile et il chercha une pierre ou un bâton pour l’aider à creuser.

Il ne progressait que lentement et bientôt la fatigue et la soif l’assaillirent. Il venait d’atteindre une sorte de dalle sous la terre et s’était égratigné la main en essayant de la déblayer. Elle devait contenir du quartz car elle scintillait comme un joyau et accrochait la lumière pâle. Il remarqua des taches sombres sur la dalle et réalisa avec effroi que c’était son sang qui gouttait sur la pierre. En hâte, il fouilla les poches de son caban et trouva un mouchoir froissé d’une propreté douteuse dont il entoura sa blessure. Quand ses yeux se reposèrent sur la pierre les taches de sang avaient disparu. Pourtant il était sûr… La fatigue et la pénombre le faisaient délirer.

Il se dit que c’était le moment idéal pour se reposer un peu en attendant l’aube qui ne devrait plus tarder. Il s’allongea sur la pierre, ses genoux repliés sur sa poitrine, son écharpe en boule sous sa tête, et se blottit comme il le put dans son manteau en laine. Sa tête et son corps lui faisaient mal. Il ferma les yeux juste pour les reposer un instant car ils le brûlaient. Dans le silence profond, il entendrait facilement si un intrus s’approchait. Mais, sans s’en rendre compte, l’épuisement ayant eu raison de lui, il sombra dans un sommeil lourd.

 

***

 

            Des cliquetis, des bruits mats de sabots piétinant le sol, et un souffle glacé sur son visage forcèrent Arnaud à ouvrir les yeux. Ses paupières étaient si lourdes qu’il dut s’y reprendre à deux fois. S’arracher au sommeil lui parut aussi difficile que s’extirper d’un marécage. Le corps paralysé et l’esprit embrumé, il voulut voir d’où venaient les bruits.

Deux chevaux, l’un noir et l’autre blanc, se faisaient face, chacun à l’extrémité opposée de la clairière dont les dimensions paraissaient beaucoup plus vastes qu’auparavant. De l’endroit où gisait Arnaud, les chevaux semblaient gigantesques. Chacun portait sur son dos un chevalier au costume d’un autre temps. Sur le cheval blanc, l’homme était drapé dans une immense cape blanche. Son casque coiffé d’une couronne de feuilles de chêne était surmonté de bois de cerf en or. De l’autre côté, comme un double sombre du chevalier blanc, son adversaire portait exactement le même costume mais tout en noir, et son casque surmonté d’andouillers en or était entouré d’une couronne de houx.

            La tête d’Arnaud lui faisait mal. Il essayait de comprendre la scène à laquelle il assistait. Les amies de Tal avaient visiblement décidé de suivre l’ancien rituel dont elles avaient parlé dans le bureau et avaient réussi à trouver tout ce dont elles avaient besoin en un temps record. C’était spectaculairement convaincant et réussi. Si Arnaud en avait eu l’énergie, il se serait levé et aurait applaudi, mais tel qu’il se sentait, écrasé de fatigue, il ne pouvait qu’apprécier le spectacle en silence.

            Une dame en long manteau noir, porté sur une longue robe blanche, apparut dans la clairière, nimbée de lumière. Son visage était voilé et elle portait une torche crépitante. Elle s’approcha d’Arnaud et il put distinguer, sous le voile, qu’elle était jeune et belle. Il pensa à la très séduisante Inga. Était-il possible que ce soit elle ?

La femme leva alors les bras vers le ciel et rejeta la tête en arrière comme si elle poussait un cri. Arnaud n’entendit rien mais les deux chevaliers durent entendre quelque chose car ils se tournèrent vers elle d’un seul mouvement. On aurait dit des jumeaux tant ils se ressemblaient, même taille, même silhouette, même costume, même réaction.

        Ce que la femme fit ensuite emplit Arnaud de terreur. Son regard s’abaissa froidement vers lui mais il eut l’impression dérangeante qu’elle ne le voyait pas. Puis elle baissa lentement sa torche enflammée en sa direction. Il ne pouvait ni crier ni s’enfuir, son corps, comme un poids mort, refusait de bouger. Il allait être brûlé vif. Le cœur affolé et une panique hideuse lui serrant la gorge, il ferma les yeux en attendant une mort horrible.

 

***

 

            Lorsqu’il ne ressentit aucune sensation de brûlure ou même de chaleur, il osa rouvrir les yeux. Il était entouré de flammes, mais il ne souffrait pas ; le brasier dans lequel il était allongé ne le brûlait pas, et il pouvait voir la clairière au travers comme en transparence ! Si c’était un rêve, il était différent de tous ceux qu’il avait eus jusqu’ici.

            Il sentit un soulagement profond l’envahir, calmant les battements de son cœur. Il essaya de bouger mais était toujours paralysé. Tout à coup, comme si elle sortait de son ventre, une boule de feu s’éleva. Elle tournait sur elle-même et ressemblait à de la foudre. Elle s’éleva à environ deux mètres au-dessus du brasier et, tout en continuant à tourner lentement sur elle-même, sa forme se précisa, s’affina jusqu’à ce qu’une étoile radieuse remplace la masse incandescente. Arnaud n’avait jamais connu jusqu’ici l’étrange extase créée par le mélange puissant d’émerveillement et de terreur.

      Quand l’étoile cessa de tourner, cela fut comme un signal pour les deux chevaliers dont les chevaux se mirent à galoper l’un vers l’autre à travers la clairière. Une joute entre les deux hommes allait suivre. Leurs épées luisaient dans les éclats du feu. Elles semblaient en or et avaient une forme bizarre. Arnaud se rendit compte qu’elles n’étaient pas des épées mais des serpes. L’un des deux hommes était-il Tal ? Ils étaient trop grands et minces pour ça.

          Le combat, qui avait commencé comme un rituel, prenait une autre dimension au fur et à mesure que le temps passait. Les deux hommes semblaient se haïr car tous les coups semblaient permis. Le sang giclait de leurs plaies ouvertes et à chaque fois que l’un semblait avoir été frappé à mort, il se relevait. Arnaud était horrifié par la scène mais ne pouvait fermer les yeux. Il était fasciné. La femme voilée ne réagissait pas. Elle ne semblait ni surprise ni choquée.

                Couverts de boue et de sang, les deux chevaliers se massacraient. Ils étaient de force et de talent égaux. Ils allaient s’entretuer. Pourquoi tant de haine et de rage ? Quel était l’enjeu de ce combat à mort ?

            Ils s’effondrèrent tous les deux, rampèrent l’un vers l’autre jusqu’à ce que leurs bois s’entremêlent, puis le chevalier du houx fit un geste vers la femme voilée. L’étoile se remit à tourner, cette fois-ci de plus en plus vite. Le chevalier parut empli d’une force renouvelée. Il se mit à agiter la tête avec furie. C’était comme si l’étoile nourrissait son énergie. La tête du chevalier du houx, dont les bois étaient accrochés aux bois de l’autre, semblait bouger de façon encore plus frénétique jusqu’au moment où, comble de l’horreur, elle se détacha de son corps et roula jusqu’aux pieds de la dame.

            L’étoile s’arrêta immédiatement et perdit toute sa clarté, devenant d’un noir opaque, ourlé d’une lumière sépulcrale. Le chevalier se leva à grand peine puis marcha lourdement vers la dame. Arrivé devant elle, il se pencha pour saisir la tête sanglante de son adversaire et la lui tendit en un geste d’offrande. Un jet de sang éclaboussa la dalle de pierre juste devant le visage d’Arnaud ; une nausée gigantesque l’envahit et il perdit connaissance."


Le teaser de La Voix de l'Égrégore sur Youtube : "La Voix de l'Égrégore" teaser décembre 2019 HQ (youtube.com)


Friday, December 20, 2019

Un article écrit sur la sortie de "La Voix de l'Egrégore"




Chers amis,

J'espère que vous allez bien.

Deux nouvelles me font écrire ce message.

1- Un article a été écrit par la journaliste Leila Lamnaouer sur la sortie du troisième tome (en deux parties) de la trilogie. Un grand merci à elle. Vous pouvez le lire ICI.



2- Je viens d'apprendre que vous pouvez commander mes livres en version papier non seulement sur Amazon mais aussi dans n’importe quelle librairie en France, Suisse et Belgique, où mon éditeur est distribué par la Sodis.
Pour les versions ebooks, internationalement, les livres sont disponibles sur n’importe quelle librairie en ligne telle que :
Amazon
Fnac
ePagine
Apple iBooks
Google Play
Numilog
Librel
Kobo
Etc.


Vous souhaitant à nouveau de bonnes fêtes de fin d'année.


Avec toute mon amitié.

Wednesday, July 17, 2019

Enfin de vraies nouvelles sur la trilogie et le tome 3!



https://www.amazon.fr/Maîtres-lorage-marque/dp/2808009569/ref=sr_1_3?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=les+ma%C3%AEtres+de+l%27orage&qid=1563372123&s=gateway&sr=8-3


Chers amis,

Je peux enfin vous annoncer que les trois tomes de la trilogie sont enfin disponibles à la vente. Quel bonheur pour moi et quel soulagement!

Le tout nouvel éditeur belge, Le Tram Noir (du groupe éditorial Lemaître), vient juste de se lancer et la trilogie fait partie de ses tous premiers titres. Les deux premiers tomes en réédition et le troisième en première édition.

Leur spécialité est le livre électronique, et la trilogie entière est donc disponible en format électronique (Kindle etc.) sur Amazon ainsi que sur toutes les plateformes de livres électroniques (sur les sites des grandes librairies aussi).

Les deux premiers tomes sont aussi disponibles en version papier sur Amazon, imprimés à la demande (trouvez les liens sous mon message). Les livres sont très beaux et j'adore les nouvelles couvertures. J'espère de tout coeur qu'elles vous plairont aussi.

Le troisième tome sera lui aussi très bientôt disponible en version papier sur Amazon, imprimé à la demande comme les deux premiers (lien vers la version numérique sous mon message). De par sa grande taille, il sera publié en deux parties pour la version papier. Je vous tiendrai au courant ici et sur la page Facebook de la trilogie.

L'éditeur parle aussi de "sérialiser" les livres: il y a donc des projets intéressants, semble-t-il, pour la trilogie.

Je tiens à vous remercier de tout cœur, mes chers amis, pour votre loyauté et votre patience. C'est votre soutien qui m'a permis de continuer pendant les années difficiles qui ont suivi la faillite de mon premier éditeur.

Merci encore à vous tous, bon été et bonne lecture!

Avec toute mon amitié,

Véronique


1- Voici la bande-annonce / le teaser du tome 3, La Voix de l'Egrégore (cliquez sur le lien sous la photo de l'oiseau de malheur):



2- Cliquez sur le lien placé sous l'image du tome qui vous intéresse pour aller sur la page Amazon du livre:
















Tuesday, May 1, 2018

Une grande annonce en ce premier mai // A big announcement on this 1st of May





Chers amis, / Dear friends,

J'ai une grande annonce à vous faire en cette belle fête du premier mai: la trilogie entière des Maîtres de l'Orage avec son troisième tome encore inédit vont être publiés par une maison d'édition belge./ I have a great announcement to make on this beautiful May Day: the entire trilogy "Les Maîtres de l'Orage" with its yet unpublished third volume will be published by a Belgian publisher.
J'ai reçu cette semaine les projets de couvertures pour les trois tomes et ils sont absolument superbes. Je ne peux pas encore les partager avec vous mais je veux juste vous dire que je les adore. Ces nouvelles couvertures représentent parfaitement l'atmosphère de chacun des tomes et de la trilogie entière. Elles sont magnifiques! / I received this week the draft covers for the three volumes and they are absolutely superb. I cannot share them with you yet but just wanted to tell you how much I love them. These new covers perfectly represent the atmosphere of each volume and of the entire trilogy. They are wonderful!
Je vous souhaite à tous un très beau 1er mail et vous remercie encore une fois pour votre patience et votre fidélité. Cela compte tellement pour moi! / I wish you all a very good 1st of May and thank you once again for your patience and loyalty. They mean a lot to me!
Je vous tiens au courant dès que j'aurai des dates etc. / I will let you know as soon as I have publishing dates etc.
Avec toute mon amitié, / With all my friendship,



Monday, April 3, 2017

Des nouvelles. // Some news.



Photographiées par un journaliste à la Marche pour l'Europe à Londres // 
Photographed by a journalist at the March for Europe in London
(avec Elena Remigi et Lisa Stagg) PS: Je suis déguisée en "European Alien" ;)


Chers amis, // Dear friends,


Cela fait des mois que je suis silencieuse, car mon temps a été absorbé par la lutte pour protéger mes droits et ceux de mes concitoyens européens qui sont sérieusement menacés dans la Grande-Bretagne du Brexit. // I have been silent for a long time because my time has been absorbed fighting for my very endangered rights and those of my fellow EU citizens in Brexit Britain. 

Ma trilogie est encore, bien sûr, au centre de mes préoccupations (les volumes 1 et 2 sont à nouveau disponibles sur Amazon), mais, malgré des possibilités d'édition qui semblaient prometteuses, je dois hélas recommencer ma quête d'un éditeur pour mon dernier volume. Quant à mon livre sur Saint-Malo, il est en lecture chez un éditeur. Souhaitez-moi bonne chance! // My trilogy is still very much on my mind (volumes 1 and 2 are available again on Amazon) but in spite of getting interest from a couple of publishers I have to start looking again at how to get my last volume to you. As to my Saint-Malo book, it is  being read by a publisher as we speak. Wish me luck!

Malheureusement, en ce moment, je n'ai plus beaucoup d'énergie pour être l'agent de mes livres, car je me bats tous les jours contre l'environnement maintenant hostile de mon pays adoptif. Le Brexit est un cauchemar et pousse beaucoup d'entre nous, citoyens européens, au désespoir. Comme je suis une battante, malgré mon angoisse et ma déception, je me bats. Une amie italienne, un ami britannique et moi avons décidé de collectionner les témoignages de citoyens de l'UE en Grande-Bretagne affectés par le Brexit. Notre collection est déjà bien fournie et les témoignages que nous avons reçus sont émouvants et puissants. Nous voulons envoyer ce recueil d'histoires vraies à des décideurs, aussi bien au Royaume-Uni que dans l'UE. Nous souhaitons montrer le coût humain sévère du Brexit, car nous avons été déshumanisés par le gouvernement britannique qui nous a réduits (avec nos frères et soeurs britanniques qui se sont installés dans l'UE) à une monnaie d'échange. // Unfortunately for me, at the moment, I have not much energy left after fighting everyday in the now hostile environment of my very changed for the worse adopted country. Brexit is a nightmare and has led many of us to despair. But I am a fighter and, despite my anxiety and disappointment, I am fighting. With an Italian friend and a British one, I have been collecting the testimonies of EU citizens in Britain affected by Brexit. Our collection is already full of moving and powerful stories which we want to send to decision makers in the UK and the EU. We want them to see the harsh human cost of Brexit. Because we have been dehumanized by the British government and reduced (with our fellow Europeans, the Brits who have settled in the EU) to bargaining chips.

Donc, ceci a été ma vie ces derniers mois. Ma trilogie, dans ces temps sombres où remontent en flèche la xénophobie, le racisme, le populisme et le fascisme, semble plus ponctuelle que jamais et j'espère vraiment arriver à faire publier mon troisième tome dès que possible. // So, this has been my life these past few months. My trilogy, in these dark times when xenophobia, racism, populism and fascism are growing all the time, seems more timely than ever and I really hope to get its third volume out there as soon as possible. 

Merci vraiment de votre patience et de votre soutien! // Thank you so much for your patience and support!

Retrouvez ci-dessous mon intervention dans le JT de France 2 et un article sur notre situation dans Ouest-France. // Find below my appearance in the France 2 news and an article about our plight in Ouest-France. 




CLIQUEZ LE LIEN CI-DESSOUS POUR LA VIDEO // CLICK LINK BELOW FOR THE VIDEO 




Article dans Ouest France (20 mars 2017) Pour le lien vers l'article cliquez ICI.




Interview avec la chaine télévisée australienne SBS.

Saturday, March 26, 2016

Où l'on parle de Pâques et de renaissance // Of Easter and rebirth


Esprit de la nature dans un parc à Bath // Nature spirit in a park in Bath

Chers amis, // Dear friends,

 En ces fêtes de Pâques 2016, à l'occasion de cette célébration de l'espérance et du renouveau, la lumière née de l'espoir et de la renaissance est plus essentielle que jamais face aux ténèbres qui nous menacent. Après l'horreur du dernier attentat en Belgique par des hommes fous de haine et qui déifient la mort, il nous faut plus que jamais continuer à soutenir les forces de la tolérance, 
de la liberté et de la vie. // Easter is the feast of renewal, and in 2016 the light born of hope and rebirth is more essential than ever to face the darkness that threatens us. After the horror of the last attack in Belgium by men full of hate and who worship death, we need more than ever to support the forces of 
tolerance, freedom and life.

Le Christ délivrant des êtres humains de la mort (Saint-Sauveur-In-Chora à Istanboul) // Christ freeing humans from death (Saint-Saviour-In-Chora in Istanbul)

La fête chrétienne de Pâques célèbre la résurrection du Christ après une mort affreuse et injuste. Le Christ, juste avant de mourir dans d'horribles souffrances, lance un cri de terreur et de doute : « Mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Ce cri est tellement humain que nous le comprenons tous. Malgré ce moment de doute, il fait face à l'abîme de la mort, l'accepte et le transcende. Ainsi, nous dit la religion, il en neutralise l'horreur et la transforme en renaissance. // The festival of Easter celebrates the resurrection of Christ after a horrible and unjust death. Just before dying an excruciating death, Christ has a cry of terror and doubt: "Father, why hast thou forsaken me?" This cry is so human that we can all understand it. Yet, despite that moment of doubt, he faces the abyss of death, accepts it and transcends it. And this heroism, according to religion, neutralises the horror of death and turns it into rebirth.

Croix celtique à Iona devant le sanctuaire de saint Colomba // Celtic cross in Iona in front of Saint Columba's sanctuary

Ce sacrifice lumineux reproduit dans la psyché humaine le passage physique de la mort apparente de la nature en hiver à sa renaissance glorieuse au printemps. Renaissance qui paraît chaque année impossible lorsque nous grelottons au creux de l'hiver, mais renaissance qui pourtant se passe tous les ans. Nos ancêtres les druides et les mystérieux bâtisseurs des extraordinaires monuments de l'Âge Néolithique, considéraient cette connaissance comme sacrée. // This luminous sacrifice reflects in the human psyche the physical passage from the apparent death of nature in winter to its glorious rebirth in Spring. Each year this rebirth seems impossible when we’re shivering in the dead of winter. Nevertheless it happens without fail. Our ancestors, the Druids and the mysterious builders of the extraordinary monuments of the Neolithic Age, considered this knowledge as sacred.




Tout comme la roue des saisons tourne, de même la roue de la vie. Les ténèbres de la haine et de la mort nous entourent en ce moment, mais nous portons en nous toutes les promesses de la lumière, de la paix et de l'amour. N'oublions jamais ce trésor que nous avons au fond de nous, et que cette belle fête nous redonne espoir et nous rappelle la force immense qui nous habite et la puissance de la lumière pour dissiper les ténèbres. // As the wheel of seasons turns, so does the wheel of life. The darkness of hatred and death surrounds us right now, but we carry within ourselves all the promises of light, love and peace. Let’s never forget this treasure inside ourselves, and may this beautiful festival give us hope and remind us of the enormous potential within us and of the power of light to dispel the darkness.

JOYEUSES PÂQUES ! // HAPPY EASTER!

PS : À un niveau beaucoup plus personnel, après l'hiver sombre qu'a représenté l'année 2015, où mon éditeur s'est battu comme un tigre pour survivre à d'énormes difficultés financières, il semble que la roue de la vie ait tourné pour lui et que 2016 marque une période de renouveau, une seconde chance. 

Mes livres qui ont été en sommeil pendant toute cette période, reviennent peu à peu à la vie. Les deux premiers tomes, qui étaient bloqués entre l'ancien distributeur de mon éditeur (Les Belles Lettres) et le nouveau (Daudin), sont de nouveau disponibles à la FNAC. Quant à mon troisième, il va sortir cette année, mais je ne sais pas encore quand exactement. 

Dès que j'ai une date, je vous en ferai part. Je partagerai aussi avec vous la couverture, que j'adore, et la bande-annonce (avec une sublime musique par Westwind comme les deux précédentes). 
J'ai tellement hâte de pouvoir enfin partager ce livre avec vous !






Thursday, December 31, 2015

Bonne Année mes amis!




Chers amis,

Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2016. Après une bien sombre et même tragique 2015, je souhaite de tout cœur que cette nouvelle année voie un retour vers la paix, ainsi qu'un élan universel vers plus de compassion et de tolérance.

Comme j'espère avoir bientôt de bonnes nouvelles à vous annoncer à propos de la publication en 2016 du troisième tome de ma trilogie, La voix de l'Égrégore, je joins ci-dessous à mes vœux les quatre premiers chapitres du second tome, Le vertige du RhombusIls se déroulent en Bretagne, parallèlement en 1942 et 
en 2012. 
(L'intrigue du troisième tome, elle, démarrera sur les chapeaux de roues à Paris, parallèlement en 1943 et 
en 2013). 

Je tiens enfin à remercier ici mes lectrices et lecteurs de leur patience et de leur soutien qui m'ont été 
tellement précieux cette année. 

À bientôt donc, chers amis, et encore une fois 
BONNE ANNÉE!






LE VERTIGE DU RHOMBUS

TOME 2 des MAÎTRES DE L'ORAGE


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Côtes du Nord,[1] mars 1942


Un cahot plus violent que les autres précipita Anne de Tréharec contre le siège avant de la voiture et la réveilla en sursaut. Elle se frotta les yeux et passa ses doigts engourdis dans son épaisse chevelure brune. Combien de temps avait-elle dormi ?
Un coup d’œil par la fenêtre lui indiqua que le paysage n’avait pas changé depuis des kilomètres : des chemins étroits encastrés entre de hauts talus broussailleux qui bouchaient la vue et lui donnaient envie de vomir. Alors qu’elle tournait la tête, une toupie sombre tournoya devant ses yeux. Anne réprima à grand mal une nausée. Elle ne voyageait pas bien en voiture.
Coincée sur le siège arrière au milieu d’un amas de valises et de sacs, Anne frissonna. Il faisait froid dans la vieille Citroën qui cahotait péniblement sur la route pleine d’ornières.
     — C’est un vrai parcours du combattant cette route ! grommela le Frère Jean.
Une main sur le volant, il s’empara de ses petites lunettes à monture métallique et essaya de les astiquer contre son chandail avant de les replacer sur son nez.
— C’est ma myopie, mes lunettes, la buée dedans ou le brouillard dehors ?
— Sans doute un peu des quatre, répondit son passager, un adolescent blond dont le regard tentait lui aussi de percer le flou combiné de la condensation intérieure et de la brume extérieure.
Le Frère Jean passa une main impatiente sur la vitre devant lui.
— C’est une vraie purée de pois ! U-ne-pu-rée-de-pois, répéta-t-il plusieurs fois en appuyant sur chaque syllabe.
L’adolescent se retourna et fit un clin d’œil taquin à sa sœur. Anne se força à lui répondre par un sourire.
— Quelle heure est-il James ? demanda le Frère. Malgré ses efforts pour sembler détendu, la tension dans sa voix était presque palpable.
James se rassit face à la route et jeta un coup d’œil à sa montre.
— Presque quatre heures.
— Aïe, dit le Frère. La nuit tombe déjà.
— Vous croyez qu’ils ne vont pas nous attendre, demanda Anne en tentant, elle aussi, de masquer l’anxiété dans sa voix.
— À cette allure… commença le Frère. En plus ils ne connaissent pas la date exacte…
— Ils nous attendront, dit James.
Il se retourna à nouveau vers sa sœur et son regard bleu fixé dans le sien, il répéta tout bas : « Ils nous attendront ».
Son visage était calme et assuré.
Anne détourna les yeux. Bien qu’elle sache que son frère voulait la rassurer, le vieil énervement remontait en elle. Il ne pouvait rien lui promettre de la sorte et ferait mieux de se taire.
Elle soupira, se laissa glisser un peu sur la banquette et posa sa tête contre le dossier. Elle allait se laisser aller de nouveau au sommeil quand une ombre gigantesque comme un homme aux ailes déployées apparut juste devant la voiture. Le Frère Jean freina en tournant le volant de toutes ses forces. Le véhicule fit une embardée vers la gauche puis s’arrêta net contre le rebord du chemin creux. Le rebond secoua violemment les trois passagers.
— Qu’est-ce que c’était, dit le Frère en haletant.
       — On a écrasé quelqu’un, balbutia Anne les yeux dilatés d’horreur. 

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Île Verte, juillet 2012


Arnaud de Tréharec ne bougeait pas.
L’adolescent ne semblait remarquer ni la chaleur lourde qui avait banni toute fraîcheur du vieux grenier, ni la mouche ivre qui se heurtait en vrombissant contre la vitre brûlante. Sous la fenêtre entrouverte, qui ne rendait pas un souffle d’air mais dans la clarté de laquelle Arnaud était assis, il ne paraissait pas conscient de ce qui l’entourait.
Sa tignasse brune, retenue par une vieille épingle à cheveux de sa mère au-dessus de ses sourcils froncés, son haut front et l’espace entre son nez droit et ses lèvres remplies avaient beau être mouillés de sueur, cela le laissait indifférent. Rien, semblait-il, n’aurait pu le distraire de sa lecture passionnée.
Graduellement, la lumière intense du soleil de juillet s’atténua, tamisée par le passage d’un rideau de nuages sombres. Un grondement doux ronronna mollement dans le lointain. Ni la brise fraîche qui se glissa enfin par la lucarne du grenier, ni la porte qui claqua dans les profondeurs silencieuses de la vieille maison ne sortirent le garçon de sa transe. Seule sa main droite bougeait de temps en temps pour tourner délicatement une page jaunie du vieux cahier qui l’absorbait.
Lorsque soudain un hurlement retentit près de lui, il sursauta.
— Ce con de Bertrand ! marmonna-t-il en tendant la main vers son portable qu’il mit en haut-parleur.
— Enfin je peux t’avoir dans ton trou paumé ! dit une voix moqueuse au bout du fil. Ça fait des jours que j’essaie.
— J’avais oublié que t’avais changé ma sonnerie ! dit Arnaud. J’étais au bord de la crise cardiaque !
Un rire sardonique explosa dans le haut-parleur.
— Faut bien te réveiller de temps en temps ! Tu t’embêtes pas trop chez les culs-terreux ?
Ne serait-ce que deux jours plus tôt, Arnaud se serait lancé dans une invective contre l’Île Verte où il était forcé de passer ses vacances, loin de ses amis et loisirs favoris : à son âge, pas loin de seize ans, un véritable scandale. Mais tout avait changé si brusquement et si récemment que Bertrand semblait maintenant faire partie d’un autre monde et qu’Arnaud ne savait que lui dire.
— Ça pourrait être pire, dit-il avec un soupir.
— Waouh ! dit Bertrand. Changement massif !
— Non, commença Arnaud, c’est juste que je suis bien obligé de m’y faire… J’ai encore deux mois à tirer.
— La Gitane t’a pas encore fait tourner chèvre ?
La mention de sa mère sous son pseudo de « la Gitane » finit de le sortir de sa transe et le précipita dans la navrante réalité de sa vie. Il était convaincu que sa mère était la source de tous ses problèmes, le poison qui lui gâchait l’existence. Ce n’était pas qu’elle soit tout le temps sur son dos à lui dire que faire, mais c’était d’une façon beaucoup plus subtile qu’elle réussissait à envahir tous les aspects de sa vie sous des faux airs de complice.
— M’en parle pas ! s’exclama Arnaud. Elle me gonfle sérieusement, mais heureusement qu’elle a ses copines et leurs gosses pour l’occuper. Par contre moi, entre leurs chants tribaux du fin fond de la Papouasie et leurs mioches qu’arrêtent pas de hurler...
Bertrand éclata de rire.
— Avoue que ça te manque maintenant, mon Death Metal [2] !
Arnaud émit un gloussement sceptique.
— Et la tienne de mère, toujours aussi « pas chiante » ?
— Faut pas se plaindre, dit Bertrand d’un ton satisfait, elle est tout à fait gérable. Je l’ai bien matée. C’est mon père qui craint. Il s’est mis dans le crâne que je devais bosser cet été.
— Pour gagner de l’argent ? Veinard !
— Non, pour rattraper mon retard scolaire !
— Aïe, dit Arnaud.
— Évidemment toi, avec les notes que tu te tapes, t’as pas ce problème !
— Non, mais je suis pourtant coincé au bout du monde, sans personne, et j’ai même pas encore reçu mon VTT.
— Ben, t’es coupé de la civilisation sur ton île. Mais au moins tu peux nager ou surfer. T’es trop con si t’as pas capté ça !
      — J’ai capté ! Et j’en ai bien profité depuis mon arrivée, mais au bout d’un moment…
— Ouais, je sais, j’te manque !
Le rire sardonique de Bertrand retentit à nouveau dans l’écouteur.
— C’est ça ! dit Arnaud.
      — Bon, faut que je te laisse, autrement mon paternel va en faire une jaunisse quand il va voir ma note de portable.
— La Bretagne c’est pas l’Australie ! protesta Arnaud. Allez, gamin, va faire tes devoirs !
— Et toi, va bouffer ton porridge bio en écoutant tes chants de zoulous ! À plus !
Arnaud rit. La voix de Bertrand se tut et l’écran du portable s’éteignit.
Un éclair illumina l’épais couvercle de nuages noirs et un craquement grave le suivit. De grosses gouttes de pluie vinrent s’écraser sur la vitre du vasistas et une odeur de terre humide rafraîchit l’atmosphère lourde du grenier.
Arnaud frissonna.
Il serra le vieux cahier contre lui avant de le remettre dans la caisse de paperasseries où il l’avait découvert. Il laissa sa main traîner un instant sur la caisse, puis, un sourire étrange aux lèvres, il s’approcha de la lucarne entrouverte, huma l’air frais et tendit son visage vers la pluie tiède, manne généreuse descendue des profondeurs grondantes du ciel.

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Côtes du Nord, mars 1942


— Ne bougez pas d’ici, je sors ! dit le Frère Jean. Sa voix altérée en disait long sur son angoisse.
Il ouvrit la portière et un peu de l’épaisse fumée du brouillard entra dans la voiture.
— Surtout ne sortez pas, répéta-t-il en s’extirpant de son siège, ce temps est trop malsain.
Il ne mentionna pas la question qui les hantait tous les trois : avaient-ils renversé quelqu’un ? Y avait-il un blessé ou un mort sur la route ?
La portière se referma derrière lui. Un peu du froid humide et stagnant de l’extérieur transperça James et Anne de Tréharec. Anne vit son frère machinalement retenir son souffle. Inspirer du brouillard rendait malade, on le leur avait rabâché toute leur enfance. Elle eut envie d’ouvrir la fenêtre pour s’en emplir les poumons, juste par esprit de contradiction.
Sans se retourner, James allongea son bras gauche vers sa sœur. Elle ne répondit pas à son geste et au bout d’un moment il retira son bras. Le frère et la sœur restèrent ainsi, chacun enfermé dans son angoisse, sans oser parler ni regarder par la lunette arrière.
Dans la confusion qui suivait l’accident, Anne se demandait si on avait ou non ressenti un choc avant de heurter le rebord de la route. Si on avait ou non renversé l’être fantastique qui avait surgi devant la voiture. Elle aurait juré que le personnage s’était comme coupé en deux sous leurs yeux. D’un côté le corps qui s’était effondré sur la route et de l’autre les ailes qui s’étaient envolées. Impossible !
Le brouillard épaississait dehors. Le temps passait si lentement qu’il semblait à Anne que le Frère Jean était parti depuis des heures. James dut sentir la tension de sa sœur, à moins qu’il ne l’ait ressentie lui-même, car il se tourna vers elle.
— Je vais aller voir si je peux aider le Frère, dit-elle.
       — Non ! s’exclama James. Ça pourrait être dangereux et il nous a fait promettre de rester ici.
— S’il a un problème, il aura besoin d’aide.
— C’est vrai, dit l’adolescent. J’y vais.
— Mais ta j… dit Anne.
Elle se mordit la lèvre. On ne mentionnait jamais la polio qui avait rendu son frère infirme. De remords, elle s’empara de la main de James. Elle devina dans la pénombre qu’il lui souriait avec reconnaissance.
— Ne t’inquiète pas, dit-il, je suis tout à fait capable de me débrouiller. En plus, c’est moi l’aîné, laisse-moi y aller.
— Bien sûr ! dit Anne, essayant d’exprimer dans sa voix toute la confiance qu’elle n’avait pas en la force de son frère. Mais je pourrais moi aussi aider. Je viens avec toi !
Alors qu’ils s’apprêtaient à sortir, une forme lourde et tordue surgit du brouillard et frappa furieusement à la vitre d’Anne. Le frère et la sœur échangèrent un regard anxieux.
Un visage familier se colla presque à la glace. C’était le Frère Jean.
— Ouvrez vite et faites de la place pour un passager, dit-il.
Sans prendre le temps de réfléchir, Anne ouvrit la portière et commença à jeter les sacs qui embarrassaient l’arrière de l’auto vers les sièges avant. James les reçut comme il le pouvait. Elle eut à peine le temps de glisser le long de la banquette qu’un grand corps s’effondrait lourdement à ses côtés.
— James, passe-moi vite une couverture, dit le Frère, le visage empourpré par l’effort.
Il enveloppa le corps sans vie avec la couverture du mieux qu’il le put.
— Anne, ajouta-t-il après avoir réfléchi un instant, mieux vaudrait le pousser vers le milieu du siège et toi tu prendras la place près de la fenêtre. Il ne faut surtout pas qu’on le voie.
Au prix d’une gymnastique compliquée, Anne réussit à suivre les instructions du frère. À peine fut-elle de nouveau installée près de la vitre que la tête de l’inconnu, dodelinant sous la poussée, tomba contre l’épaule de l’adolescente. Elle essaya de distinguer ses traits mais ne put voir qu’une masse enchevêtrée de boucles d’un noir de jais.
— James, repasse-moi les sacs qu’on le cache dessous, dit le Frère Jean.
       — Mais ça va l’écraser ! protesta Anne.
Elle se sentait responsable du propriétaire de la tête qui pesait sur son épaule.
— On va faire attention, dit le Frère, mais il ne faut surtout pas qu’on le trouve. Allez, vite ! On n’a pas une minute à perdre !
Anne sursauta quand elle sentit soudain quelque chose frôler sa jambe. Elle vit que la main de l’étranger avait glissé et la prit doucement pour la remettre sous la couverture. C’était une main solide, une main de pêcheur ou de paysan, dont Anne sentit la rugosité mais qui, bien qu’inanimée, était souple et tiède. L’adolescente poussa un soupir de soulagement : Dieu merci il était bien en vie !
Les bagages arrangés tant bien que mal pour dissimuler le passager sans l’étouffer, le Frère claqua la portière et reprit sa place sur le siège du conducteur.
— Une prière pour que la voiture démarre, dit-il en tirant le bouton de démarrage.
Après plusieurs essais, le moteur se mit enfin à crachoter. Le Frère dut s’épuiser au volant pour réussir à remettre la lourde voiture face à la route. Puis, le pied sur l’accélérateur, il lança l’auto à travers l’épais brouillard en direction de la côte.
Un grand oiseau blanc sortit du mur de brume qui engloutissait les talus au bord de la route et, sans un bruit, s’envola derrière la voiture. 

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Île Verte, juillet 2012


— Arnaud ! Arnaud ! Coucou !
— Et merde ! ronchonna Arnaud.
— Arnaud ! reprit la voix aiguë. T’es où ? On est rentrés !
Arnaud leva les yeux au ciel.
— Faudrait être sourd pour pas le savoir ! marmonna-t-il.
— Naunaud ! On est là !
« Naunaud ! » Arnaud soupira puis, l’air accablé, se leva de son lit.
On ne pouvait pas avoir une minute de tranquillité dans cette baraque ! Qu’est-ce qu’elle avait toujours à crier ? Elle ne savait pas parler comme tout le monde. Il fallait toujours qu’elle se fasse remarquer !
— Naunaud, on met la bouilloire à chauffer ! hurla la voix. Tu viens ? Mais qu’est-ce qu’il y a ma chouchoune ? Tu veux du Nutella ? Où est ta maman ? Tu ne préfèrerais pas le bon miel bio de Tatie Poppy ?
Typique d’elle ! Elle le dérangeait, le harcelait, l’obligeait à faire ce qu’elle voulait en l’embarrassant à mort et puis deux secondes après elle pensait déjà à autre chose et se répandait en niaiseries avec ses amies et leurs rejetons abjects. Si Arnaud avait été un chien il aurait montré ses crocs et grondé furieusement. Faute de ça, il serra les poings et, en enfilant ses tongs, laissa échapper entre ses dents un chapelet de jurons.
Il descendit les escaliers en bois sans enthousiasme. La maison était très ancienne et avait un charme lié à son âge et à la façon désuète dont elle était aménagée. Mais la mère d’Arnaud y avait déjà mis sa marque. Batiks pendus aux murs en guise de tentures, foulards indiens jetés sur les abat-jour en soie plissée du salon, bougies et porte-encens essaimés un peu partout. Arnaud détestait tout ce désordre qu’elle appelait décoration. Il aurait tellement préféré voir les meubles anciens, les peintures de marine et les objets précieux, ramenés par ses ancêtres de leurs voyages au long-court, dans la simplicité qui était la leur et qui était leur plus belle parure.
Il arriva à la porte de la cuisine et évita de justesse un enfant qui courait et lui aurait donné un coup de tête dans le ventre.
        — Hé ! s’exclama-t-il. Fais gaffe où tu vas !
L’enfant ne fit pas attention à lui et continua sa course folle, tel un taureau, le front en avant.
      — Naunaud darling te voilà ! dit sa mère en levant un instant la tête du monceau de tartines qu’elle était en train de beurrer. Sers-toi chouchou !
Arnaud ne supportait plus la façon qu’elle avait d’affubler ses proches (et lui, son fils unique, en particulier) de sobriquets ridicules. Et ce tic qu’elle avait de mettre de l’anglais partout. Tout en elle était faux même son nom. Elle s’appelait banalement Patricia mais se faisait appeler Poppy.
Arnaud grommela un remerciement et attrapa deux tartines avant de sortir dans le jardin.
Sur le pas de la porte, il s’arrêta pour inspirer l’air frais saturé d’humidité. Ça sentait le vert et la pureté. Il avança sur la pelouse et ses orteils se rétractèrent au contact de l’herbe trempée. En colère avec lui-même pour cette réaction d’enfant des villes, il les força non seulement à se détendre mais aussi à apprécier la fraîcheur humide.
Les enfants des amies de sa mère hurlaient en se poursuivant dans le jardin (le plus vieux ne pouvait pas avoir plus de dix ans). Arnaud décida de partir se perdre dans le parc du domaine pour être tranquille et continuer à réfléchir à ce qu’il venait de découvrir dans le cahier jauni du grenier.
Il dut marcher un bon moment avant de trouver un coin suffisamment isolé pour ne plus entendre les éclats de voix venus de la maison.
Les arbres ancestraux l’entouraient de leur épaisse coupole sombre : peut-être avaient-ils connu l’auteure mystérieuse du journal qu’il avait trouvé. Quel âge aurait-elle aujourd’hui ? Treize ans en 1940… Elle serait hyper vieille ! L’âge de Mamicé, la mère de son père. Arnaud se demanda si sa grand-mère avait connu la fille du cahier. Il aurait bien du mal à le lui demander car elle était à l’hôpital à Paris, « entre la vie et la mort ».
Quand un jour son père était rentré l’air assombri et lui avait annoncé que sa grand-mère avait eu une attaque, cela ne lui avait fait ni chaud ni froid. Il la connaissait à peine. Poppy, sa mère, et elle ne s’aimaient pas. Poppy trouvait sa belle-mère trop froide et raide, et Mamicé avait donc été rayée des listes.
 Quand il était petit il allait parfois la voir avec son père, mais ça faisait des années que son père y allait tout seul. Il se souvenait d’elle comme d’une dame distinguée et peut-être un peu raide. Mais elle avait un sourire très jeune et il l’avait toujours trouvée plutôt jolie. Son grand-père était mort avant sa naissance et il ne savait pas grand-chose sur lui. Il ne s’était à vrai dire jamais posé de questions à leur sujet.
Sans s’en rendre compte il avait marché jusqu’à l’étang. Des ajoncs bordaient l’eau stagnante et emplissaient l’air de leur parfum sucré. En fermant les yeux on se serait cru dans un pays exotique tant leur parfum rappelait celui de la noix de coco.
Arnaud trouva un endroit où les bords de l’étang étaient dégagés. Il s’assit sur une souche de chêne et commença à mâcher son pain en rêvassant.
Une brume perlée montait de la surface de l’eau et il crut voir une silhouette se former dans le flou. C’était la forme gracile d’une fillette de treize ans, à genoux dans une barque. Elle était habillée d’une robe chasuble démodée et ses cheveux entouraient son visage de deux tresses dorées.
Il écarquilla les yeux et la vision s’évanouit. Un grondement sourd résonna dans le lointain. Il allait repleuvoir.
Arnaud secoua la tête pour chasser l’hallucination, se leva et décida de rentrer. Ses tongs lui collaient aux pieds et il se déchaussa pour marcher pieds-nus dans l’herbe mouillée. Il ne put faire que quelques mètres avant qu’une douleur aiguë ne lui arrache un cri d’angoisse. Sur quoi avait-il marché ?
La douleur lui plomba la tête et il tomba de tout son long.







[1] À l’époque les Côtes d’Armor se nommaient les Côtes du Nord.
[2] Le « death metal » (DM) est un sous genre de la musique « metal », caractérisé par des paroles et musiques sombres et/ou violentes, souvent chantées d’une voix gutturale et grave et parfois accompagnées de hurlements.